La bataille autour de Gianni Infantino change de dimension. À six mois du Congrès électif de Rabat, le président de la FIFA n’est plus seulement contesté : il est désormais ouvertement lâché par une partie de ceux qui l’avaient soutenu. Le coup est venu de Paris. La Fédération française de football a retiré, à l’unanimité, son soutien à la candidature d’Infantino. Philippe Diallo parle de «confiance rompue» et d’un président devenu «un facteur de division» ayant gravement nui à l’image du football. La France rejoint ainsi la fronde européenne, après la Belgique, la Suède, l’Écosse, l’Italie et la Norvège.
Ce n’est plus un simple désaccord. C’est une rupture politique. Car, pendant que l’Europe se mobilise, une autre bataille se joue dans les médias : celle qui consiste à présenter l’Afrique comme le dernier grand bastion du président de la FIFA. Il est exact que la CAF a renouvelé son soutien à Infantino et que le bloc africain reste, officiellement, favorable au président sortant. Mais soutien institutionnel ne signifie pas nécessairement vote unanime. Infantino le sait. Ses déplacements, ses annonces et son activisme auprès des fédérations témoignent d’une campagne qui a déjà commencé.
La FIFA dispose de moyens considérables et le président sortant bénéficie naturellement de l’appareil de l’institution. Dans le même temps, ses adversaires cherchent à transformer la contestation en véritable alternative. Le problème d’Infantino est donc moins celui du nombre de soutiens affichés que celui de la confiance. Son projet d’ouverture du football aux investisseurs privés a été abandonné après une levée de boucliers. L’UEFA a engagé une offensive judiciaire et politique. Et désormais, même la France, longtemps proche du président de la FIFA, estime que les conditions de son soutien ne sont plus réunies.
Le 18 mars 2027, à Rabat, il faudra des bulletins, pas des déclarations. Mais avant même le vote, Infantino doit déjà affronter une question autrement plus dangereuse : peut-on encore gouverner le football mondial lorsque la confiance se fissure sur plusieurs continents ? L’Afrique peut lui offrir un précieux réservoir de voix. Elle ne suffira pas nécessairement à effacer la crise de gouvernance qui s’installe. Rabat est encore loin. Mais la bataille, elle, a déjà commencé. Et cette fois, le départ d’Infantino n’est plus seulement un slogan : il est devenu une hypothèse politique.
– AHMED BESSOL
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